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sapeur-pompier

 

HISTORIQUE DU CORPS DES SAPEURS-POMPIERS

Assez curieusement, c'est une simple affaire de distribution de fagots de bois qui va être à l'origine de la création officielle du Corps de Sapeurs-Pompiers de Munster.

En effet, dans un élan de générosité, que nous saluons au passage, la municipalité avait décidé d'attribuer aux pompiers des fagots de bois en récompense des services rendus. Hélas, cela lui attira les foudres de l'autorité de tutelle. «J'aurai l'honneur de vous faire observer», écrit le Préfet, «que je ne peux reconnaitre un Corps de pompiers qu'autant qu'il ait une existence légale, une organisation régulière». Dans cette lettre datée du 22 Novembre 1827, le représentant du gouvernement indique à la municipalité la marche à suivre: «Si votre intention est d'organiser à Munster un Corps de pompiers, vous aurez à proposer et à faire adopter en conseil municipal un règlement organique que vous m'enverrez pour que je le soumette à l'approbation de son Excellence le Ministre de l'Intérieur .»

En Juin 1829 l'acte officiel de création du Corps est accompli par l'inscription au registre du Tribunal Cantonal.

Le Corps ainsi créé est sous le commandement du Capitaine LAGARDE Claude-Félix, né à Saint-André en Barrois (Meuse) en 1792, Médecin à Munster.

A peine a-t-elle vu le jour que cette organisation va être bouleversée par la Révolution de 1830 qui voit la fin du règne de Charles X et le rétablissement du drapeau tricolore. L'effervescence qui en résulte fait craindre le pire aux notables qui, réunis le 4 Août, décident de réactiver la Garde Nationale et nomment Monsieur Henry HARTMANN, Commandant de ladite garde avec mission de l'organiser. Ce même jour le Maire écrit la lettre que voici au Lieutenant Général Castex, Commandant de la 5ème Division à Strasbourg:

«Les graves circonstances où nous nous trouvons en ce moment ayant déterminé l'autorité locale, de concert avec le Conseil Municipal et les principaux habitants à réorganiser la Garde Nationale, cette mesure impérieusement commandée pour le maintien du bon ordre et de la tranquillité dans une cité où se trouvent plusieurs établissements manufacturiers de premier ordre et qui compte un nombre considérable d'ouvriers étrangers, ne manquera pas de produire les résultats les plus heureux. Cette garde composée de l'élite des habitants est prête à commencer son service, mais son organisation complète exige, d'après la demande de son chef, un nombre d'au moins 400 fusils de calibre qu'il importe à l'administration locale d'obtenir par votre autorisation des arsenaux de la Forteresse de Neuf-Brisach».

Le recrutement de cette Garde Nationale était toujours régi par les décrets du 8 vendémiaire an XIV et du 12 Novembre 1806. Tous les Français valides âgés de 17 ans révolus à 60 ans étaient susceptibles d'être appelés pour le service, à l'exception de ceux qui exerçaient des fonctions publiques, administratives, judiciaires ou ecclésiastiques.

Quarante ans auparavant le Conseil des dix communes avait trouvé tous les prétextes pour ne pas débourser les sommes réclamées par le Capitaine DULONG qui commandait la première garde Munstérienne. Cette fois, par une délibération du 30 Octobre 1830 le Conseil vote une dépense de 15 000 francs pour l'équipement de la Garde Nationale de la Vallée, la part de Munster étant de

5 000 francs.

Entre temps on n'avait pas chômé. Dès le 8 Août il est procédé sur la prairie du couvent à l'organisation provisoire de deux compagnies et à la distribution d'une partie des 400 fusils livrés par l'arsenal de Strasbourg. Le 12 Septembre 1830 la troisième compagnie était organisée par incorporation de la compagnie des pompiers. Et voici nos braves sapeurs incorporés pour 21 ans au sein de la Garde Nationale !


 

 

En 1831, (Le Docteur Lagarde, commissionné chirurgien aide-major du 14ème Rgt de chasseurs à cheval, a quitté Munster le 1er Juin) l'effectif est de soixante quatre officiers, sous-officiers et hommes sous les ordres du Capitaine BARTH. La compagnie dispose de cinq pompes au dépôt de la place du Marché, une pompe au dépôt de la tour du Birken et de trois pompes dont deux petites appartenant à Messieurs Hartmann, industriels.

Trois ans plus tard le Capitaine WEBER prend le commandement de la compagnie des pompiers. De cette époque nous possédons un état nominatif et ~n inventaire précis des «pompes à feu» et du matériel appartenant à la Ville de Munster. Quinze pompiers «sont désignés sous le nom de sauveurs pour, en cas de sinistre, sauver les personnes qui se trouveraient en danger, de sauver les effets et en cas de besoin pour démolir».

Ce document établi par le Lieutenant KAMM a été remis le 26 Août 1910 au Chef de Corps de l'époque par le futur Maire Jacques LEONHART qui l'avait lui-même reçu de Monsieur Henri SCHEURER, gendre du Lieutenant KAMM. Gardé dans les archives du Corps ce document se trou­ve maintenant aux archives municipales.

Que valait l'organisation Munstérienne de lutte contre le feu en ce premier tiers du 19ème siècle? Un document d'archives nous renseigne de façon assez précise: En effet, en réponse à un questionnaire du Préfet, le Maire, dans un rapport daté du 24 Mars 1835, précise que la compagnie est organisée selon les dispositions de la loi du 22 Mars 1831. La ville dispose de six pompes mais «quatre d'entre elles sont vieilles et coûtent beaucoup à la commune pour les entretenir dans un état de pouvoir servir. Elles seront hors de service sous peu de temps, il y a un siècle qu'elles ont été construites». En 1834 la commune a fait confectionner douze crochets et six échelles. Les frais d'entretien du matériel reviennent à 500 francs par an.

Ce rapport nous indique aussi que, indépendamment de leur service de pompier, les sapeurs concoure à tous les autres services de la Garde Nationale. Chaque nuit un homme est de planton au  poste de l'Hôtel de Ville.

Le Maire précise également que dans un rayon d'une lieue «nous pouvons secourir quatorze communes et le cas échéant des secours pourraient être portés  plus loin». Après avoir rappelé que la Compagnie a été créée en 1829 et qu'antérieurement il y avait un petit nombre de citoyens désignés pour soigner et servir les pompes, ainsi que nous l'avons vu précédemment, le premier magistrat Munstérien poursuit : «La Compagnie, composée en majeure partie d'hommes de métier tels que charpentiers, maçons, forgerons, se distingue par son zèle et son dévouement et est commandée par un officier actif et intelligent. Le matériel à sa disposition tels que crochets, échelles, haches: seaux d'eau est dans un état satisfaisant et assez conséquent mais, pour avoir des moyens en rapport avec l'importance de notre localité et pouvoir travailler avec plus de succès en cas de sinistre, il nous faudrait une ou deux pompes de plus, de celles dites Merlin. Il serait également convenable de porter la Compagnie de 80 à 100 hommes».

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Au cours des dix années qui vont suivre, la ville fera l'acquisition de quatre nouvelles pompes. Une cinquième pompe sera achetée en 1847, l'effectif étant alors de quatre vingt cinq hommes.

Bientôt des modifications vont intervenir et bouleverser quelque peu l'organisation existante. L'Empire naissant, la Garde Nationale, connue pour ses sentiments républicains, recevra le coup de grâce par le décret du 17 Janvier 1852 qui la supprimait purement et simplement. La compagnie des Pompiers devait seule lui survivre, devenant ainsi l'unité de tradition de la Garde Nationale.

Le 20 Mai 1852 le Préfet désigne les membres du conseil de recensement de la compagnie des pom­piers qui doit comporter un effectif de quatre vingt hommes. Ce sont Messieurs Henry HART­MANN Fils, Frédéric KAMM et Frédéric HEIZMANN. Le sieur KAMM avait succédé au Capitaine WEBER en 1846.

Un nouveau Corps de sapeurs-pompiers devant donc être créé, le Maire propose au Préfet l'organisation d'une deuxième Compagnie composée uniquement de sauveteurs. Le 30 Juillet la réponse du Préfet indique que le Ministre de l'Intérieur ne peut accepter la proposition de créer une deuxième compagnie sous la dénomination de sauveteurs, la législation (toujours en vigueur) sur la Garde Nationale n'ayant pas prévu de corps de cette nature. Pour obtenir le résultat que vous désirez, poursuit le Préfet, il y a lieu de porter la Compagnie à 150 et même 160 hommes encadrés par deux Capitaines, deux Lieutenants et deux Sous-lieutenants.

Quelques j ours plus tard, le 12 Août 1852, parait un décret de Louis Napoléon, Président de la République portant nomination des officiers suivants :

            HARTMANN Henry fils         : Capitaine, Chef de Corps

            DIDIO François          : Capitaine en second

            KAMM Jean-Frédéric            : Lieutenant (ancien Capitaine)

            HARTMANN André-Alfred   : Lieutenant

            HEIZMANN Georges-Frédéric          : Sous-lieutenant

            CHRISTMANN Jacques-Frédéric      : Sous-lieutenant

DIDIO n'a pas accepté ces fonctions. Nous ne connaissons pas les raisons d'une telle attitude. Le Corps compte 120 hommes dont 54 seulement sont complètement équipés.

Le Dimanche 22 Mai 1853 est installé solennellement, dans la salle de 1 'Hôtel de Ville, le Conseil de Discipline qui comprend le Capitaine Henry Hartmann, le Lieutenant Kamm, le Sergent-major Léonhart et le Sapeur Burgard, Alfred Hartmann en étant le rapporteur et Frédéric Schmitt le secrétaire.

Ce code de discipline, hérité de la Garde Nationale, était très sévère. Tout sapeur-pompier coupable d'ivresse, de désobéissance, d'inexécution d'ordres reçus, de mauvais entretien de l'armement, etc., encourait une punition pouvant aller de six heures à quarante huit heures de prison.

C'est par un décret impérial en date du 7 Novembre 1853 que le Lieutenant Alfred HARTMANN sera promu Capitaine en second tandis que le Sous-lieutenant CHRISTMANN le remplacera au poste de Lieutenant. Ce même décret nomme au poste de chirurgien sous-aide major le docteur DIETZ Jacques-Emile.

Cette période du second Empire fut assurément une période faste pour notre Corps qui connût son jour de gloire le 24 Juillet 1858 en faisant fonction de Garde Impériale, fait sans doute sans précédent dans les annales des Pompiers.

L'Empereur Napoléon III qui séjournait à Plombières où il avait deux ans auparavant signé un nouveau décret portant nominations d'officiers au Corps de notre Ville, avait donné rendez-vous à la Schlucht à sa cousine la Grande Duchesse STEPHANIE de Bade. Celle-ci étant en retard, l'Empereur fut amené à passer la nuit dans la somptueuse demeure de Monsieur Frédéric HARTMANN qui avait envoyé ses neveux au-devant de l'auguste souverain pour l'inviter à Munster. Au cours du dîner servi en l’honneur des hôtes illustres, les pompiers assurèrent le service du palais et montèrent la garde toute la nuit. Au matin, avant de reprendre la route, l'Empereur manifesta le désir de passer la Compagnie en revue. Le Capitaine Henry Hartmann lui présenta le Corps impeccablement


 

 

aligné tandis que la musique jouait l'air «de la Reine Hortense». C'est aux cris de Vive l'Empereur que celui-ci quittait, fort satisfait, la bonne ville de Munster.

Dans une lettre adressée à son frère Alfred en voyage à Paris, Jacques Hartmann précise que «le Capitaine a été si satisfait de la tenue et de la conduite exemplaire de ses pompiers, qu'il les a régalés jusqu'au soir au Solberg et renvoyés dans un tel état que bien peu se souvenaient de ce qu'ils avaient vu».

La tragédie de 1870 avec la chute de l'Empire et l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne victorieuse ébranla quelque peu l'organisation existante. Plusieurs officiers démissionnèrent, le Capitaine Henry Hartmann étant du nombre. C'est Jean RUHLAND, après un intérim de quelques mois du Capitaine Alfred Hartmann, qui va, à partir de 1871 prendre en mains les destinées du Corps. Il va tout de suite se heurter à l'administration allemande qui interdit toute activité aussi longtemps que n'auront pas été modifiés les uniformes «de type militaire français».

Avant toute chose on va essayer de passer outre tout en dégageant sa responsabilité. C'est ainsi que le 8 Juillet 1873 le Chef de Corps adresse au Maire la lettre suivante:

«J'ai l’honneur de vous faire part des appréhensions que notre corps d'officiers de la compagnie m'a témoignées à plusieurs reprises depuis ces grandes chaleurs, s'il venait à se déclarer un incendie dans notre localité. Nous apprécions trop la responsabilité qui nous incombe en pareille circonstance, pour qu'il ne soit pas de notre devoir d'appeler sur ce point l'attention de l'administration municipale. Or il nous est impossible de continuer à assumer cette responsabilité, si nous ne pouvons procéder à un exercice général de notre personnel réuni en corps et à l'examen du matériel. L'opinion générale entend que la sauvegarde des intérêts de nos concitoyens ne soit pas subordonné à une question d'uniforme, chose purement extérieure, je me fais un devoir de vous prier, de bien vouloir nous autoriser à faire dimanche prochain dans la matinée une sortie de la compagnie et une revue de notre matériel en notre tenue d'incendie actuelle.

La question d'uniforme restant réservée, l'administration supérieure ne pourra voir dans ma démarche une intention susceptible d'être interprétée comme une démonstration d'un caractère hostile à l 'état de chose actuel.

Je vous serai bien obligé de m'honorer d'une réponse qui me permette de prendre les mesures nécessaires, si vous agréez ma proposition. Des témoins oculaires m'ont rapporté d'ailleurs qu'à Strasbourg un exercice du même genre a eu lieu ces jours passés avec le matériel de la compagnie».

La sortie prévue ne sera pas autorisée.

Quelques semaines plus tard le Kreisdirector fait connaitre les caractéristiques de la nouvelle tenue, seule autorisée. Au mois d'Octobre suivant cette épineuse question sera réglée, en apparence du moins, car on se querellera longtemps au sujet des boutons d'uniforme que l'on n'arrive pas, soi-disant, à se procurer.

En 1878 l'administration approuve un nouveau règlement d'organisation. Mais de nouvelles difficultés surgissent au sujet notamment des manœuvres effectuées à l'extérieur. A ce sujet le chef de Corps écrit:

«Ordinairement il y a deux sorties générales par an, la première au printemps, la dernière en automne, dans lesquelles tout le matériel se trouve en mouvement, ainsi que tout le personnel de la compagnie. A la dernière sortie d'automne l'on fait un simulacre d'incendie en un point quelconque de la ville. Dans l'intervalle des sorties générales, il y a deux ou trois sorties partielles, c'est-à-dire des exercices par section et à sec, par lesquels les hommes sont exercés au maniement du matériel qu'ils desservent. Ces sorties partielles se font toujours à 6 heures du matin sans la musique et sont terminées à 9 heures 30.

Une fois par an les deux pompes de campagne sont attelées pour s'assurer de leur bon état, tant sous le rapport du train, du harnachement, des lanternes, des freins que du montage des boyaux, et se portent au trot dans un village voisin, comme si le feu y était, sous la conduite de un ou deux officiers. Aussitôt arrivées, elles sont mises en batterie pour venir au secours des pompes du village, supposés insuffisantes. La manœuvre terminée, les chevaux qui ne quittent point les lieux sont de nouveau attelés et l'on rentre sans s'arrêter plus longtemps, toujours dans la matinée. Cet exercice est de première nécessité, car il habitue les hommes destinés à aller en campagne, ce sont toujours "mêmes, à une manœuvre qu'ils sont quelquefois appelés à faire la nuit dans une localité qui leur est peu connue et où un sinistre a éclaté.


 

 

En dehors de ces sorties exclusivement destinées aux soins du matériel et à l'instruction des hommes, il ya la fête de tir qui a lieu tous les ans au début du mois d'août. Les habitants de la Ville réunissent un certain nombre de lots, que les meilleurs tireurs de la compagnie, réunie au Solberg, gagnent comme prix de leur adresse. Tous les pompiers sont volontaires et non rétribués, le matériel est soigné, nettoyé et entretenu par les hommes qui le desservent sous la surveillance d'un lieutenant qui

a titre de chef de matériel. Ce programme est le même depuis treize ans et a toujours eu l'appui moral de l'administration».

C'est pourtant un exercice de ce genre qui va une fois de plus attirer l'attention de l'administration allemande sur l'activité de nos braves pompiers. En 1884 c'est Stosswihr qui avait été choisi comme but de l'exercice annuel. On y avait convié plusieurs Chefs de Corps de plusieurs villes de la plaine. Seul celui de Mulhouse nommé GEHRY répondit à cette invitation. Il fut reçu avec un certain apparat en gare de Munster par Jean Uhland, élu quelque temps auparavant Commandant des Sapeurs-pompiers de la Vallée, accompagné de quelques membres de l'Etat-major. On se rend en calèche à Stosswihr où l'on retrouve le Chef de Corps local, le Capitaine APPENZELLER et son collègue GRAFF de Soultzeren. Or, tout  ce beau monde est connu pour ses sentiments envers la France. Il n'en faut pas plus pour que le commissaire de police de Munster voie là une véritable conspiration. Il adresse le 26 Mai un rapport à son supérieur, rapport dont nous extrayons ce qui suit:

.... «D'après mes constatations, je crois pouvoir admettre que les exercices des pompiers présentent un aspect politique évident, exercices qui, probablement pour l'ensemble du département, sont dirigés suivant des directives venant de France. A mon humble avis, la réception qu'on a faite hier au chef de corps de Mulhouse à la gare de Munster confirme cette manière de voir.

«Et de décrire avec minutie le cérémonial d'accueil mis en place, haie d'honneur, clairons et tambours battant «Aux Champs», etc. ...

({ Le tout se présentait comme si l'on avait voulu accueillir un général français».

Le zélé fonctionnaire poursuit: «A Munster, les exercices se pratiquent avec entrain au cours des mois d'été. Les commandements se donnent en langue française. Les casques de laiton s'achètent en France. L'exercice militaire est l'essentiel, la manœuvre des pompes reste secondaire. Les nombreux incendies qui se sont produits dans ma circonscription au cours des cinq années écoulées ont montré que les services rendus par le corps de pompiers ont été peu satisfaisants. C'est ainsi que Jans le village de Wihr-au-Val des pâtés de maisons entiers ont été décimés par les flammes. Il en fut de même à Soultzbach et à Breitenbach. Lors du premier incendie à Wihr les pompiers ont dépensé 1 200 francs payables par la caisse communale, ce qui constitue une belle performance.

Il me semble que M. Ruhland attache une plus grande importance à l'instruction militaire à la française qu'à la manœuvre correcte des pompes. Il assiste toujours aux exercices du dimanche matin, tandis qu'autrefois, quand il s'agissait d'autres affaires, telles que les séances du conseil municipal,

il préférait ses aises et apparaissait rarement aux séances.»

Après avoir énuméré les mesures à prendre pour mettre fin à cet état de choses: prescrire l'emploi de commandements allemands, interdire aux musiciens le port de sabres et changer l'appellation

des officiers en s'inspirant de celles utilisées en Allemagne, le commissaire relève encore que :

«M. Ruhland incorpore, de préférence, de jeunes réservistes de l'armée allemande dans le corps de pompiers, lesquels se voient ensuite dans l'obligation de manœuvrer et d'obéir aux commandements français. Ceux qui ne se plient pas aux ordres sont punis ou finalement exclus du bataillon» ....

La sanction ne tarde pas à venir. C'est l'interdiction formelle de procéder à de nouvelles manœuvres à l'extérieur, assortie, ô ironie, du rappel d'une loi du Second Empire, enjoignant aux chefs de

corps de solliciter une autorisation préalable à tout exercice de ce genre.

Par une lettre du 12 Juin suivant, l'irascible commissaire Munstérien révèle que la plupart des officiers élus n'avaient pas été agréés, comme il se devait, par l'administration départementale, d'où nécessité pour ces officiers de solliciter, à titre rétroactif, la confirmation de leur grade. Ceci vise personnellement Jean Ruhland dont la récente nomination, distinction non officielle, n'a pas l'heur de plaire à l'administration.

Pendant un an le silence se fait autour des pompiers de notre Ville. Bientôt le commissaire de poli- . ce relance la polémique pour faire ressortir que les commandements se donnent toujours en français et que certains uniformes ne sont toujours pas mis en conformité au modèle allemand.


 

 

A propos de l'autorisation préalable qu'il doit solliciter pour chacun des exercices du corps, le Commandant Ruhland adresse, une fois de plus, une protestation, qui sera la dernière, au Kreisdirector à Colmar. Déclinant l'invitation de celui-ci il lui adresse une lettre en français où il dit notamment : «Il ne m'a pas été moins pénible de recevoir la notification de la nécessité de l'autorisation municipale pour les sorties de manœuvre des pompiers sous la menace d'intervention de la gendarmerie ... » Il lui expose ensuite son intention de se retirer dès que des cadres plus jeunes auront pris la relève. «Quand le mouvement sera terminé dans le cours de l'année prochaine, j’aurai l'occasion de vous en faire part.»

Pourtant, sans attendre ce délai, le Commandant Ruhland démissionna le 15 Novembre 1885. Il annonce sa décision en ces· termes au Maire :

«1'ai l’honneur de vous adresser ma démission de chef de la Compagnie des Pompiers. Depuis plus d'une année les officiers âgés de plus de cinquante ans s'étaient concertés pour se retirer successivement.

Dans les circonstances actuelles un état-major plus jeune est à même de rendre au corps des pompiers, des services que l'on ne pouvait plus attendre d'anciens serviteurs. Tous les cadres sont bien constitués et en partie renouvelés.

J'aurai encore aujourd'hui en ma qualité de commandant la satisfaction de procéder à l'installation d~ nouveau Capitaine, Monsieur Jacques LEONHART et l'honneur de lui remettre le commandement de la compagnie».

Ce départ aurait dû donner lieu à une manifestation plus large, compte tenu que le Commandant Ruhland avait été élu commandant des pompiers de la Vallée. Le Capitaine Appenzeller avait bien adressé une demande en ce sens au Kreisdirector. Celui-ci refusa de donner l'autorisation d'une réunion publique des corps de la vallée à Munster étant donné «qu'il n'existe pas une organisation officiellement reconnue des corps de pompiers de la vallée de Munster».

Si nous nous sommes quelque peu étendu sur la personnalité de Jean Ruhland c'est bien parce qu'

il a fortement imprégné de son esprit le Corps des Pompiers qui lui restera dévoué des années durant. Ce départ ne fut pas pour ce chef une triste fin. Dès l'année suivante il devenait Maire de Munster puis, plus tard, Conseiller Général et Député au Reichstag.

Sur sa pierre tombale au cimetière de Munster est gravée dans le marbre la mention : Commandant des Sapeurs-Pompiers du Canton.

Après lui il n'y eut plus jamais de commandant suprême des pompiers de la vallée.

Au moment où le Capitaine LEONHART prend son commandement, la compagnie est forte de 225 hommes et comprend cinq sections :

La 1ère section comprend les sauveteurs et ouvriers.

La 2ème section est dite section alimentaire avec les deux pompes alimentaires et le tonneau d'eau, plus les pompes Hartmann.

La 3ème section comprend les deux grandes pompes No 1 et 2, cette dernière étant pompe de réserve pour service de campagne.

La 4ème section comprend les pompes No 4 - 5 - 6 ainsi que la No 3 qui est la pompe de campagne. La 5ème section est formée de la musique qui est garde de sûreté en cas d'incendie.

En Janvier 1887 est promulguée la nouvelle dénomination des grades selon les normes allemandes. Ainsi le chef de corps devient-il BRANDDlRECTOR

            Le Lieutenant   BRANDMEISTER

            Le Sergent-major         ZUGFUEHRER

            Le Sergent       SPRITZENMEISTER

            Le Caporal      OBERLOESCHMANN

            Le Pompier      LOESCHMANN

En Mars de la même année l'administration va compléter la germanisation du corps des pompiers en interdisant aux tambours et aux clairons de se faire entendre autrement que s'ils exécutent une marche sous les ordres du chef de musique.


 

 

La mise en service d'un réseau de distribution d'eau sous pression au courant de l'année 1900 va amener des modifications dans la composition du matériel de lutte contre l'incendie.

Cette réorganisation sera l'œuvre du Capitaine Jacques Léonhart, qui définira, peu avant son départ, les caractéristiques du nouveau matériel à acquérir. Les deux grandes pompes attelées sont retirées du service ainsi que les pompes alimentaires qui en assuraient l'approvisionnement en eau. La pompe No 6, la plus petite, est également remisée.

Ne subsistent que la pompe de campagne et deux pompes foulantes sur chariot, le tonneau d'eau et le chariot à échelles.

Deux voiturettes «Hydrant» armées de tuyaux en toile à raccords symétriques ainsi que deux dévidoirs à bobine vont permettre d'utiliser l'eau sous pression fournie par le réseau. Ce matériel est complété par une grande échelle de 20 mètres, propriété des manufactures Hartmann, et servie par les pompiers. Elle fut acquise en 1899 suite au grand incendie qui détruisit entièrement le Badischof.

Après les Branddirectors Jean LAU (1900 - 1904) et Jean ROESS (1904 - 1906), c'est Martin RUH­LAND qui va diriger le corps jusqu'en 1915.

En 1908 deux grands chariots Hydrant viennent remplacer les pompes à bras encore en service. Ces chariots comportent une bobine à tuyaux de capacité plus grande et peuvent mettre en batterie quatre petites lances à l'aide de deux colonnes de prise d'eau. La pompe de campagne, quant à elle, restera en service jusqu'en 1922.

Quand en 1914 la guerre s'abattit sur notre paisible vallée, le Corps de sapeurs-pompiers fit face avec courage. Pendant un an nos pompiers eurent à lutter contre les innombrables incendies consécutifs aux tirs d'artillerie, perdant un des leurs dans cette lutte inégale. Lorsqu'un soir d’Août 1915 ils durent, sur ordre de l'autorité militaire, évacuer la ville avec toute la population, la Cité devint peu à peu un champ de ruines.

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Au lendemain de la tourmente, plusieurs membres manquaient à l'appel, tombés loin de leur vallée sur les champs de bataille. Une partie du matériel ayant été récupérée, le Corps put reprendre son activité à partir de 1920 sous les ordres du Capitaine Alfred BRITSCH. Le retour des habitants et la reconstruction de la ville qui est en cours permettent, à partir de 1922, une augmentation de l'effectif (1 04 hommes) et du matériel. Une pompe à moteur est acquise cette année-là tandis qu’une échelle de 14 mètres est mise en service en 1927.

Entre temps, en 1926, le Capitaine Frédéric HUMMEL a succédé au Capitaine BRITSCH. Le Capitaine HUMMEL restera en fonctions jusqu'en 1945.

Le 16 Juin 1929 le Corps fête le 100ème anniversaire de sa création. Fêtes grandioses en présence des autorités du département et de deux mille pompiers. Dès 9 heures, les différentes délégations sont accueillies à la gare par le chef de corps entouré de charmantes jeunes filles en costumes de la vallée. Puis les hôtes seront conviés à un vin d’honneur monstre, servi sur des tables dressées dans

les allées du parc de la gare. On se rendit ensuite Place du Marché pour assister à un simulacre d'incendie sur l'hôtel de la Cigogne et les maisons voisines, manœuvre mettant en œuvre l'ensemble du matériel du corps. Après la revue de la compagnie, le Commandant LEY, inspecteur, lui remit son drapeau. Cet emblème sera malheureusement saisi par l'ennemi onze ans plus tard presque jour pour jour.

Cette fête du Centenaire fut favorisée par un temps très beau. Toute la population avait participé avec ardeur à la décoration des rues et des maisons. Sapins et bouleaux plantés devant les maisons, elles-mêmes garnies de guirlandes de sapin, drapeaux tricolores à profusion, jamais la Ville n'eut pareil air de fête. Un arc de triomphe monumental avait été dressé devant la gare tandis que d'autres avaient été érigés aux principales entrées de la ville. Le soir les monuments publics étaient illuminés tandis que la fontaine de la place du marché, qui n'avait pas encore retrouvé le lion héraldique qui la surmonte, se parait de cascades lumineuses du plus bel effet.

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Mais bientôt, hélas, de sombres nuages s'amoncelèrent à l'horizon. Encore une fois l'Alsace fut soumise à une terrible épreuve morale. Le Corps de sapeurs-pompiers fut le refuge de tous ceux qui voulaient échapper aux contraintes imposées par le régime Nazi. A quelques jours de la Libération, plu-

s membres de la compagnie furent déportés en Allemagne. Ils eurent la joie de revoir leurs familles et furent de ceux qui, sous la conduite du Capitaine Frédéric WETZEL, défilèrent fièrement devant ­le Commandant de la 1 ère Armée Française, le Général DE LATTRE DE TASSIGNY, venu

à Munster, le 5 Février 1946, le premier anniversaire de la Libération de la Ville par les vaillantes troupes d'Afrique du 9ème Régiment de Zouaves.

; la paix enfin recouvrée, les pompiers vont œuvrer, comme par le passé, à sauvegarder les biens) personnes. Leurs missions vont évoluer ainsi que leur matériel. Commencée en 1945 par l’acquisition d'un véhicule de récupération, la motorisation va se poursuivre en 1948 par la livraison d'un fourgon d'incendie avec deux motopompes au titre du Centre de Secours nouvellement créé.

En 1959 le Capitaine Martin KESSLER prend la relève. Trois ans plus tard la Ville acquiert un moderne Fourgon-pompe-tonne.

Le Capitaine Benjamin STOEHR prend la suite en 1965 et c'est le Lieutenant, puis Capitaine André H qui lui succèdera à partir de l'année 1968.

l, au cours des ans, dix sept chefs de corps auront assumé la lourde tâche de diriger le service incendie de la Ville, tâche impossible s'ils n'avaient été soutenus par la Municipalité, fournissant les subsides nécessaires à l'acquisition de matériels toujours plus modernes.

Aujourd'hui, entièrement motorisé et avec un effectif de 55 hommes, le Corps de Sapeurs-Pompiers de notre ville, Centre de Secours en 1 er et 2ème appel pour vingt communes de la vallée, dispose de moyens d'intervention relativement importants lui permettant de faire face aux situations les plus

            diverses à savoir:          Tous feux en général

Asphyxies - Noyades - Electrocutions Secours routier

Secours en montagne

Interventions diverses

Tout récemment la section de secours en montagne, fonctionnant depuis plusieurs années et ayant à son actif de nombreux sauvetages en collaboration avec la Gendarmerie locale, a pu être équipée grâce aux crédits accordés par le Conseil Général.

Mais un matériel moderne et les techniques nouvelles exigent des installations adéquates pour pourvoir à l'entretien du matériel et à l'instruction du personnel appelé à s'en servir. Sur ce plan malheureusement nous avons le triste privilège d'être le seul Centre de Secours d'Alsace à ne pas disposer d'un dépôt d'incendie fonctionnel. Ce n'est certes pas la faute des chefs de corps qui, depuis plus de vingt ans, se sont efforcés de résoudre ce problème.

En matière de sécurité rien n'est jamais définitivement acquis. Tout relâchement dans l'effort est un recul.

Seule la volonté de progrès assurera à nos concitoyens la sécurité à laquelle ils aspirent. L'avenir du Corps de Sapeurs-Pompiers est entre leurs mains.

A toute heure du jour ou de la nuit, des hommes de bonne volonté sont prêts à répondre à tout appel. Ils le font avec tout leur cœur.

Ils assurent bénévolement un service public, prenant sur leur travail ou leurs loisirs, le temps nécessaire à porter secours ou à s'instruire.

Rien ne saurait remplacer, dans des conditions d'économies équivalentes, ces VOLONTAIRES qui, en un siècle et demi de bons et loyaux services, ont fait la preuve de leur efficacité.

Ils ont en tout temps toujours honoré leur fière devise:

COURAGE ET DEVOUEMENT

 

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Dernière modification : 23 mars 2014